La technologie peut-elle servir à la fois le spectacle et le fond ? Trois projets dévoilés ou présentés à la fin du mois d’août apportent des réponses radicalement différentes. Lindt & Sprüngli a collaboré avec le créateur de mode avant-gardiste Joe Ando afin de transformer son nouveau Tokyo Style Matcha Strawberry Chocolate en robes de haute couture [1]. Dans les exploitations agricoles, parallèlement, des panneaux solaires et un chien robot de serre sont présentés non pas principalement comme des nouveautés, mais comme des outils permettant de gérer la chaleur et de détecter les maladies [2][3].
La collaboration de Lindt fait de la confiserie le point de départ de la couture. FoodNavigator Europe décrit ce partenariat comme s’inscrivant dans une tendance croissante aux collaborations dans le secteur de la confiserie, conçues pour créer des expériences marquantes auprès des consommateurs [1]. L’initiative n’a pas besoin de prétendre qu’une robe améliore le chocolat. Sa fonction première relève de l’imagination : transposer un produit dans une autre forme créative et offrir à une nouvelle association de saveurs une présence au-delà de la confiserie elle-même.
L’agrivoltaïsme répond à une pression plus concrète. Now Solar met en avant une étude selon laquelle l’association de panneaux solaires et de terres agricoles peut réduire de plusieurs degrés la chaleur à laquelle sont exposés les cultures et les travailleurs [2]. Alors que des étés plus chauds posent des difficultés à l’agriculture et aux ouvriers agricoles, la proposition est particulièrement directe : la même installation servant à produire de l’énergie pourrait également offrir un environnement de travail et de culture plus frais. Le résumé ne tranche pas toutes les questions pratiques entourant l’agrivoltaïsme, mais il met en évidence un avantage potentiel précis, partagé par les cultures et les personnes qui s’en occupent.
À Shouguang, dans la province du Shandong, l’automatisation patrouille déjà dans les allées des serres. Un chien robot utilise des caméras pour analyser les feuilles de poivrons à la recherche de signes précoces de maladie, détectant les problèmes plusieurs jours avant qu’ils ne soient visibles à l’œil humain [3]. Le lieu est significatif : Xinhua présente Shouguang comme le cœur de la production maraîchère chinoise, avec cinq millions de tonnes produites chaque année, soit de quoi nourrir plus de 40 millions de personnes [3]. Ici, la forme marquante de la machine est secondaire par rapport à la précision de sa tâche.
Ces projets ne doivent pas être considérés comme équivalents. L’un transforme le chocolat en mode ; un autre associe les terres agricoles aux panneaux solaires ; le troisième déploie l’inspection robotisée dans la production maraîchère. Pourtant, ensemble, ils soulèvent une question utile sur l’innovation. Attirer l’attention peut être un résultat recherché, comme dans le cas de la confiserie haute couture [1]. Elle peut aussi naître d’une méthode saisissante appliquée à un besoin ordinaire, qu’il s’agisse de rafraîchir les espaces agricoles [2] ou de détecter plus tôt les maladies des feuilles [3]. La frontière la plus intéressante se situe donc peut-être moins entre nouveauté et utilité qu’entre les innovations qui recherchent un public et celles dont la finalité pratique finit par en captiver un.
Avis de Yum : L’innovation suscite un intérêt durable lorsque sa forme mémorable s’accompagne d’un objectif clair.